Anna Wilson: Explorations en pleine conscience
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Anna Wilson est une photographe, éducatrice et artiste canadienne. Son regard se pose sur les récits qui donnent une âme aux lieux et sur l’appareil photo comme un moyen d’être pleinement présente au monde.
Au fil du temps, sa pratique a évolué: de la simple observation et documentation de ce qui l’entoure, elle est passée à une approche où la photographie devient un espace d’attention, de connexion et d’expression créative.
Fondatrice de Mindful Eye Photography, Anna crée et anime des expériences photographiques destinées aux femmes. Récemment, son voyage Alchemy of Light — Mindful Photography Journey, organisé en partenariat avec National Geographic Journeys by G Adventures, l’a menée en Espagne avec un groupe de participantes.
Le magazine photoED s’est entretenu avec Anna à propos de cette dernière aventure.
photoED: Comment avez-vous commencé à vous intéresser à la photographie? Et qu’est-ce qui continue de nourrir votre motivation et votre inspiration?
Anna:
Je suis tombée amoureuse de la photographie au secondaire, lorsque j’ai suivi mon premier cours. J’ai eu la chance d’avoir un professeur profondément inspirant, et notre manuel était Photography and the Art of Seeing de Freeman Patterson. Avec le recul, je crois que ce fut l’un de mes premiers pas vers cette approche consciente de la photographie qui allait devenir si importante dans mon travail.
À la même époque, j’ai été complètement fascinée par la chambre noire. Il y avait quelque chose de magique dans le fait de se tenir sous cette lumière rouge tamisée et de regarder lentement une image apparaître sur le papier photographique. C’était une façon presque méditative de donner une forme concrète à quelque chose, et je pense que c’était probablement ma première expérience de ce que j’allais plus tard reconnaître comme le flow créatif.
Quand j’étais enfant, je rêvais de devenir photographe pour National Geographic. Je voulais parcourir le monde et raconter des histoires à travers mes images. Le chemin que ce rêve a emprunté s’est révélé beaucoup plus sinueux que je ne l’avais imaginé. Je suis toujours profondément attirée par le voyage et la narration, et je suis extrêmement reconnaissante que mon travail soit aujourd’hui publié et partagé auprès d’un public plus vaste.
Le fait que je vienne tout juste de terminer l’accompagnement d’un groupe dans le cadre d’un voyage en partenariat avec National Geographic Journeys by G Adventures revêt d’ailleurs une signification toute particulière pour moi.
Aujourd’hui, ce rôle d’accompagnatrice est devenu une source importante de motivation. J’aime aider les gens à vivre le monde plus intensément grâce à la photographie, tout en continuant, moi aussi, à faire évoluer et à approfondir ma propre pratique créative.
photoED: Qu’est-ce que vous aimez le plus dans le fait de raconter des histoires à travers la photographie?
Anna:
La photographie me permet d’exprimer ce qui, dans le monde, me touche et me semble important. Elle m’apprend à remarquer ce que je pourrais autrement laisser passer et me donne un moyen de conserver ces instants.
Quand quelque chose m’arrête dans mon élan et que je le photographie, je dis en quelque sorte: « Je te vois. Tu comptes pour moi. » Et lorsque je retrouve cette image des années plus tard, je ne me souviens pas seulement de ce que je voyais. Je me souviens aussi de ce que je ressentais à cet endroit, à cet instant.
photoED: Votre travail s’articule autour de deux grands territoires d’exploration photographique: la pleine conscience et le voyage. Comment ces deux univers se rencontrent-ils, et qu’est-ce qui vous passionne dans cette exploration?
Anna:
La pleine conscience est devenue le socle de ma façon d’aborder la vie et la création d’images. Concrètement, cela signifie ralentir suffisamment pour voir véritablement ce qui se trouve devant moi, plutôt que de courir après une idée préconçue de ce que je devrais photographier.
Lorsque je travaille ainsi, la photographie devient moins une question de prendre des images qu’une question de regarder. D’être pleinement présente à la lumière, aux gestes, à l’atmosphère et aux détails qui apparaissent sous mes yeux.
J’ai toujours considéré le voyage comme l’un des meilleurs moyens de réveiller ma créativité. Être dans un environnement inconnu aiguise naturellement mon attention.
La pleine conscience crée les conditions intérieures nécessaires pour être attentive: la présence, la curiosité, l’ouverture. La photographie donne ensuite une forme à cette attention. L’appareil devient un outil qui me permet de rester un peu plus longtemps avec une expérience, de l’approfondir plutôt que de la laisser derrière moi.
Au lieu de simplement documenter un lieu, je me retrouve dans une sorte de dialogue avec lui. Je remarque quelque chose, j’y réponds à travers mon cadre, puis cette attention fait surgir autre chose.
Je suis particulièrement intéressée par ce qui se passe lorsque je vais au-delà des monuments et des points de vue incontournables et que je me laisse guider par mon attention elle-même. Je suis alors les petits détails fugitifs, inattendus, parfois presque invisibles, qui révèlent véritablement la personnalité d’un lieu.
photoED: Pourquoi avez-vous créé Mindful Eye Photography?
Anna:
Je rêvais depuis des années d’animer des expériences photographiques, mais je voulais créer quelque chose qui dépasse le cadre d’un voyage photographique traditionnel.
Je souhaitais bâtir le genre de communauté créative que je cherchais moi-même: un espace où des femmes pourraient voyager, photographier, expérimenter, avoir des conversations profondes et, tout simplement, être curieuses ensemble.
Pour moi, la photographie ne consiste pas à poursuivre l’image parfaite. Elle consiste à ralentir suffisamment pour vraiment voir. Lorsque nous retirons la pression de devoir produire une « excellente » photographie, quelque chose se transforme. Les gens commencent à remarquer davantage, à faire confiance à leur instinct et à retrouver leur propre façon de voir.
J’ai aussi découvert que certains des moments les plus précieux de ces expériences se trouvent entre les photographies: dans les conversations autour d’un café le matin, dans les soupers qui s’éternisent sans que personne ne regarde l’heure, ou simplement lorsque nous nous tenons ensemble quelque part à observer la lumière.
C’est dans ces moments-là qu’un groupe commence véritablement à devenir une communauté.
Il y a aussi une petite dose de rébellion dans cette démarche. J’ai passé une grande partie de ma vie à évoluer dans les structures créées par d’autres. À un moment donné, j’ai compris que je préférais construire ma propre table plutôt que d’attendre qu’on m’invite à m’asseoir à celle de quelqu’un d’autre.
Au fond, ces voyages parlent de photographie, bien sûr. Mais ils parlent aussi d’attention, de créativité, de connexion, de curiosité et de cette sensation d’être pleinement vivante dans un lieu.
photoED: Quels photographes ou artistes ont influencé votre travail?
Anna:
Au début, j’étais attirée par des photographes documentaires comme Sebastião Salgado et Larry Towell. J’ai également toujours admiré la manière dont Steve McCurry travaille la couleur et la composition, et son approche continue de m’inspirer.
À mesure que ma pratique évoluait, je me suis intéressée de plus en plus aux idées de John Daido Loori autour de la photographie zen. Après de nombreuses années, je suis également revenue aux enseignements de Freeman Patterson.
J’ai passé beaucoup de temps à lire sur la créativité, le processus créatif et le flow. De The Artist’s Way de Julia Cameron aux travaux de Mihaly Csikszentmihalyi sur le flow, je reste fascinée par ce qui nous permet de nous abandonner complètement à un processus créatif — et par ce qui peut nous en détourner.
Mais, au bout du compte, je crois que mon plus grand professeur a été l’exploration elle-même et le fait de créer. On peut lire sans fin sur la créativité, mais arrive un moment où il faut refermer les livres, sortir et porter attention à ce qui se trouve réellement devant soi.
photoED: Qu’est-ce qui fait, selon vous, une bonne photographie?
Anna:
Pour moi, une bonne photographie est une image qui me fait ressentir quelque chose. Elle n’a pas besoin d’être techniquement parfaite ni de représenter quelque chose de spectaculaire. Elle doit transmettre quelque chose de l’expérience vécue.
Je veux qu’une image porte en elle une part de l’émerveillement, de la beauté, de la curiosité ou même du calme que je ressentais à cet instant. Si, des années plus tard, je peux regarder une photographie et me retrouver instantanément transportée dans cette expérience, alors je pense qu’elle a accompli ce qu’elle devait accomplir.
Je suis attirée par les images qui restent fidèles à une expérience.
photoED: Comment la photographie vous a-t-elle transformée personnellement?
Anna:
La photographie est devenue pour moi la pratique de gratitude la plus puissante qui soit. Elle m’a appris à remarquer et à célébrer la vie que je suis réellement en train de vivre, ainsi qu’à garder une trace des choses dont je souhaite me souvenir.
Elle m’a également enseigné le pouvoir extraordinaire de l’attention. Lorsque je regarde à travers un appareil photo, je ne pense plus à tout le reste. Je regarde la lumière, les couleurs, les gestes, les textures et les relations entre les choses.
Cette compréhension a profondément influencé ma façon d’enseigner. Je m’intéresse moins à apprendre aux gens à manipuler un appareil photo qu’à les aider à développer leur capacité à regarder, à explorer et à expérimenter.
Pour moi, la photographie est devenue bien plus qu’une question de technique. C’est une pratique créative et une façon d’entrer en relation avec le monde.
photoED: En tant qu’éducatrice, où voyez-vous les étudiants — quel que soit leur âge — rencontrer le plus souvent des difficultés dans leur parcours photographique? Et quel conseil leur donneriez-vous?
Anna:
Je pense que l’un des principaux obstacles est la précipitation.
Les gens décident qu’ils doivent « avoir la photo », prennent une ou deux images et passent à autre chose. Ou alors ils deviennent tellement absorbés par les réglages techniques qu’ils oublient de regarder véritablement ce qu’ils photographient.
Je remarque aussi beaucoup d’attention divisée. Nous sommes entourés de tant de stimulations qu’être simplement présent à une seule chose est devenu étonnamment difficile.
Au fil des années, je me suis éloignée de plus en plus de l’enseignement traditionnel basé sur les cours et les explications pour créer plutôt des conditions dans lesquelles les gens peuvent expérimenter et découvrir par eux-mêmes le flow créatif.
Je veux que mes étudiants prennent beaucoup de photographies, fassent des erreurs, suivent leur curiosité et restent avec une observation plus longtemps qu’ils ne pensent nécessaire.
Mon conseil est simple: restez plus longtemps.
Si quelque chose attire votre attention, ne le photographiez pas une seule fois avant de passer à autre chose. Demandez-vous ce qui vous a précisément attiré. Changez de position. Observez la lumière. Approchez-vous. Éloignez-vous. Essayez un détail. Utilisez une autre longueur focale. Attendez.
La première photographie n’est souvent que le début de la conversation.
photoED: Avez-vous des conseils de voyage pour les photographes?
Anna:
Mon conseil serait de ralentir et de créer d’abord un lien avec un lieu avant de commencer à tout photographier frénétiquement.
Lorsque j’arrive quelque part pour la première fois, j’essaie d’observer avant tout. Que fait la lumière? Quelles couleurs reviennent sans cesse? Quels détails attirent mon regard? Qu’est-ce qui rend cet endroit particulier?
Je trouve que ces observations donnent souvent naissance à des photographies plus personnelles que le simple fait d’essayer de reproduire les images de carte postale que tout le monde connaît déjà.
Je recommande également de travailler en séries. Lors de notre voyage en Espagne, par exemple, nous avons consacré une journée à rechercher des formes précises et une autre à une couleur particulière.
Dès que l’on commence à suivre l’une de ces petites obsessions visuelles, on se met à voir un lieu autrement. Une collection d’observations apparemment ordinaires peut révéler quelque chose d’une destination qu’une seule photographie « emblématique » ne pourrait jamais raconter.
Simplifiez. L’un des plus grands pouvoirs dont nous disposons en tant que photographes est de décider de ce que nous n’allons pas inclure dans le cadre. Demandez-vous quel est réellement le sujet de votre photographie, puis éliminez les distractions.
Prenez une première photographie, puis cherchez ce qui se trouve au-delà. Expérimentez. Laissez-vous surprendre.
La pleine conscience est une merveilleuse compagne de la photographie parce qu’elle développe précisément la qualité dont la photographie a besoin avant toute autre: la capacité de remarquer.
Commencez à la pratiquer avant même de partir en voyage.
ÉQUIPEMENT
Quel appareil photo et quel équipement utilisez-vous? Quel est votre objectif préféré? Parlez-nous de votre expérience avec les objectifs Tamron.
Anna:
Je photographie avec Nikon depuis mes débuts et je suis récemment passée au système hybride Nikon Z6II. J’ai eu l’occasion de tester les objectifs Tamron 35–150mm f/2–2.8 et 16–30mm f/2.8 pour la monture Nikon Z.
Le Tamron 35–150mm f/2–2.8 était remarquable. Il couvre une plage de situations extrêmement large, ce qui me permettait de passer rapidement de cadrages environnementaux larges à des détails plus intimes sans devoir constamment changer d’objectif. En voyage, cette polyvalence était idéale.
J’ai particulièrement aimé cet objectif pour photographier les participantes de notre voyage en Espagne. Les longues focales me permettaient de réaliser des portraits intimes sans interrompre ce qu’elles étaient en train de faire.
C’est également une excellente option pour la photographie de rue, puisqu’on peut rester un peu à distance et photographier naturellement sans placer son appareil directement devant le visage de quelqu’un.
Le 116–30mm f/2.8 s’est révélé particulièrement utile dans des espaces intérieurs exigus comme l’Alhambra et le Real Alcázar, où je souhaitais disposer d’une perspective plus large pour saisir l’architecture et la sensation d’espace.
J’ai également apprécié sa distance de mise au point, qui me permettait de passer rapidement d’une vue d’ensemble de l’architecture à de petits détails situés à proximité.
Les deux objectifs m’ont donné la liberté de travailler à main levée dans des conditions de faible luminosité. Leurs grandes ouvertures étaient également particulièrement utiles pour isoler les sujets, créer un magnifique bokeh et obtenir cet arrière-plan plus doux et atmosphérique que j’aime tant.
Pour moi, le meilleur équipement de voyage est celui qui sait se faire oublier. Je veux consacrer mon énergie à répondre à ce que je vois plutôt qu’à réfléchir constamment au matériel dont j’aurai besoin ensuite.
Ces deux objectifs m’ont offert cette liberté.
Découvrez le travail d’Anna ici, suivez-la sur Instagram @mindfuleyephotography et apprenez-en davantage sur ses aventures Mindful Eye ici.
















